Lorsque l’on veut écrire en patois ou lire des livres en patois et plus encore maintenant surfer sur les sites internet et blogs dédiés au patois, on est vite confronté au problème de l’orthographe : comment écrire correctement ? Ce n’est pas nouveau, Alexandre Desrousseaux dans sa petite notice sur l’orthographe du patois de Lille (Chansons et Pasquilles Lilloises, premier volume, Lille 1865) se plaignait déjà « des mots écrits de différentes manières, de l’élision négligée ou maintenue inutilement ».
Le picard n'est pas enseigné à l'école, et il n’y a pas, comme en français, d’académie « picarde » pour définir l’orthographe correcte ; il est néanmoins étudié dans les Universités de lettres de Lille et d'Amiens. Plusieurs systèmes de graphies adaptées au picard et à ses variantes ont été proposés par des linguistes spécialistes du picard.
1) La graphie "traditionnelle"
La graphie française a été tout naturellement utilisée par les premiers auteurs patoisants (Brûle-Maison, Alexandre Desrousseaux …) et les premiers lexicographes du 19e siècle (Gabriel Hécart à Valenciennes, Pierre Legrand et Louis Vermesse à Lille).
Elle présente l’avantage d’être facile à comprendre et à utiliser (c’est du français !), mais l’inconvénient de faire apparaître le patois comme du français déformé.
2) La graphie Feller-Carton
Le professeur Fernand Carton s'est inspiré des travaux du linguiste Feller pour l'écriture du Wallon et a proposé des règles pour améliorer l'écriture du picard.
Voici les principales règles :
- le e muet en milieu de mot est remplacé par une apostrophe (r'vétier), le e muet final est toujours muet et peut donc être maintenu sans problème. Pour l'article défini, l'apostrophe est nécessaire (l').
- utilisation de k au lieu de qu devant i, e ou devant une consonne (kien, k'va) - sauf pour les mots grammaticaux (qui, que, quoi) ;
- remplacement de ph, th, y, tion respectivement par f, t, i, cion ;
- remplacement de x par cs ou egz (égzempe) ;
- suppression des consonnes doubles lorsqu'elles ne sont pas prononcées (sauf nn, ss) ;
- conservation des consonnes finales muettes pour faciliter la compréhension du mot (caud, cat ….).
Les règles Feller-Carton font l'objet d'un assez large consensus.
Fernand Carton prône par ailleurs et à juste titre une certaine souplesse dans l’application de ces règles afin de conserver le plaisir de l’écriture et de la lecture.
Alain Dawson va un peu plus loin en proposant de supprimer les apostrophes pour les e muets à l’intérieur des mots et la généralisation du k devant toutes les voyelles.
3) La graphie phonétique - René Debrie
Les lettres muettes (voyelles et consonnes) sont supprimées, et k remplace qu dans tous les mots.
Elle présente l'avantage de la simplicité, mais peut conduire à des problèmes de lecture ou de compréhension notamment pour ceux qui ne connaissent pas bien le picard.
Avec la graphie phonétique vache s'écrit vak (vaque en graphie traditionnelle).
4) La graphie uniformisante - André Lévèque - Jean-Marie Braillon
L'utilisation de signes spéciaux (qh, gh, å ...) permet de rendre compte des variations de prononciation selon les régions.
qh - qhère (tomber) peut être prononcé kère ou tchère (quère en graphie traditionnelle, kère selon Feller-Carton).
gh - ghife (figure, visage) peut être prononcé guife ou djife.
å - cåt (cat) peut être prononcé cat ou cot ...
Cette graphie permet d'uniformiser l'écriture des mots tout en tenant compte des différences de prononciation, mais confère au picard un caractère "inhabituel" qui peut surprendre.
Dans ce blog, j'utilise essentiellement la graphie traditionnelle en essayant d'intégrer progressivement les règles Feller-Carton.
Sources
site internet de Fernand Carton
site internet d'Alain Dawson
Grafies picardes - Wikipédia
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