Le film de Dany Boon "bienvenue chez les chtis" a eu au moins pour mérite de rappeler de façon caricaturale (ou même erronée) quelques spécificités de la prononciation du "chti" .
La prononciation du picard a été étudiée de façon précise et approfondie. Elle est largement documentée et décrite : [2], [18], [20], le site d'Alain Dawson.
Les variations sont assez importantes d'une région à l'autre et même d'une ville à l'autre. Je me limite ici au patois de Lille que je connais le mieux ; mes grands-parents paternels habitaient Lille Sud, et mes grands-parents maternels Saint Sauveur. Ces règles ne sont pas systématiques, plusieurs formes peuvent coexister (mason/majon, oseau/ojeau/ojiau, ...) dans le langage courant ou même chez les auteurs patoisants ; il m'arrive moi-même d'hésiter entre plusieurs prononciations.
Je ne reprends ici que les principales règles.
1) maintien du [k] et du [g] latins (non-palatalisation *) et du [g] germanique.
Contrairement au français pour le lequel le son [k] a évolué en [ch], le picard a conservé le son [k] : quien (chien, latin canis), qva (cheval, latin caballus), catiau (château, latin castrum) .... Il en va de même pour le son [g] initial (gampe, jambe, bas latin gamba).
2) assourdisssement des consonnes finales sonores (dévoisement) : be -> pe (jambe -> gampe), de -> te (malade -> malate), ge -> che (ménage -> ménache), se -> sse (heureuse -> heureusse), ve -> fe.
3) chuintement du son s initial devant a, e, i, u : chuc (sucre), chabot (sabot), che (ce) ... Cela n'est toutefois pas systématique : sin (sien).
4) amuïssement des syllabes terminales ble : diape (diable), tre : téate (théâtre).
5) diphtongaison du son eau : eau -> iau (biau, catiau).
6) diphtongaison du son é, è : tiète (tête), biète (bête).
7) ti se prononce tch : tchiète (tête), tchiens (tiens), di se prononce dj : dj' iau (de l'eau), djiabe/djiape (diable).
B
b final se prononce p : gampe (jambe).
D
d final se prononce t : malate (malade), salate (salade).
E
e final est toujours muet. Certains auteurs (FC) préfèrent néanmoins l'écrire, d'autres (AD) proposent de le supprimer.
En milieu de mot, e est normalement muet. On peut soit le marquer par une apostrophe : qu'va (FC) ou le supprimer : quva (AD).
G
g initial se prononce comme en français ; guernoule (grenouille) , garchon (garçon).
g final s'adoucit et devient che : orache (orage).
J
j initial et gé initial se durcissent et deviennent gu : gampe (jambe), gardin (jardin), gaune (jaune), guéole (géole).
L
l simple est parfois transposé : boucle devient blouque.
l redoublé ou final n'est jamais mouillé : famile (famille), bouli (bouilli), catoule (chatouille....), traval (travail), boutel (bouteille).
l final tend à disparaître dans les syllabes finales (amenuisement *) : ma (mal), hôpita (hôpital), i (il), seu (seul).
O
oi devient o : ogeau (oiseau), tot (toit).
ou devient o :
R
Difficile à prononcer pour un allophone comme le montre la chanson de Simons "elle s'appelle Françoise" interprétée par Raoul de Godewarsvelde.
transposition du r : pauver (pauvre), tertous (vient de trétous), guernoule (grenouille), quervé (crevé).
amuïssement du r dans les syllabes finales bre, dre, vre (accompagné d'un durcissement de la consonne) : octope, vife ....
S
en milieu de mot, s devient j : majon (maison), ojeau (oiseau), plaiji (plaisir), mais on dit aussi mason,oseau, plaisi !
s final est redoublé : heureusse.
double ss devient ch : pichate.
V
ve final devient fe.
W
Se prononce normalement "oua", mais cela n'est pas si simple ; on dit bien Oauttrelos (Wattrelos), mais aussi Vambrechies (Wambrechies) ! Louis Vermesse [3] précise qu'en vrai patois lillois "w" se prononce "v" . Dans la chanson "in arvenant de Wazemmes" ("kermesses du Nord" de Jack Defer) on prononce effectivement Vazemmes. Alors Ouazemmes ou Vazemmes ? En ce qui me concerne, je dis Vazemmes.
X
[x] devient egz (egzempe), ou cs, ou encore s (esprès).
* palatalisation : modification de la prononciation vers la partie antérieure du palais.
* amuïssement : disparition d'une lettre ou devenue muette.
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